Derborence, saison après saison, entre Polonais et LuciolesPetites histoires des aventures vécues en 2008...
Pour voir la version de cet article publié dans Stalactite, clique ICI Comme beaucoup d’autres spéléologues, nous avons goûté à l’ivresse de la spéléologie alpine. Par alpine nous entendons là, les plaisirs d’une longue et lourde montée sur les lapiazs d’altitude. Là où les dernières pâtures sont offertes aux moutons têtes noires, là ou aussi tout devient minéral et que le rêve du spéléo commence ! Les premières explorations spéléos à Derborence remontent à plus de trente-cinq ans en arrière. Toutefois c’est depuis 1999 que notre petit noyau d’explorateurs a véritablement mis le pied à l’étrier. Depuis nous montons ici chaque été user nos bottes et nos rotules dans ce coin de montagne Valaisan. Nous convions ici le lecteur à nous suivre pour partager quelques mois entre 2007 et 2008. Octobre 2007, notre saison d’exploration à Derborence touche à sa fin. Quelque part dans le Val Dorbon quatre spéléos heureux, viennent de s’extraire du gouffre des Polonais. Ce week end le verrou de -70m a sauté, offrant une belle première. Nous regagnons maintenant tranquillement la civilisation et ses servitudes, laissant derrière nous tous nos rêves de découverte. Conscients qu’ici, une fois la première neige venue le temps s’arrêtera pour six mois.   
Juin 2008, nous retrouvons nos marmottes préférées, visiblement ces dernières font mine de ne pas nous reconnaître, elles font le coup chaque printemps… A quelques dizaines de mètres du sol, notre fier Gypaète vient nous rendre visite, lui c’est sûr, il nous a dans l’œil ! Gouffre des Polonais (altitude : 2100m), c’est ici que les choses sérieuses débutent, la neige encore en abondance ne nous permet pas de reprendre nos explos comme bon nous semble. En effet au cours de notre dernière expé de 2007 nous avions stoppé vers -110m en sommet d’un ressaut de 5m. Au vue de la situation aquatique de cette pointe nous pensions bien ne pas pouvoir reprendre les explos au-delà de -100m avant la fonte totale de la neige sur le massif. Néanmoins, grâce à la complicité de Gérald Favre et Ludovic Savoy, nous goûtons aux joies des traçages souterrains. Un kilo et demi de fluo est injecté dans le ruisseau vers -70m, nous ressortirons du gouffre transis, trempés mais avec un sourire (fluo) au coin des lèvres. Le gouffre a l’air de drainer c’est de bon augure ! Nous apprendrons plus tard que les premiers signes de réapparition s’effectueront 35 heures après, avec un pic à 107 heures. Ceci principalement à la source de Montelon (Derborence, alt.:1250m/ dist. : 4km)) ainsi qu’aux résurgences du Lac.    
Juillet 2008, une fois de plus les 800kg de matériel nécessaire à notre camp annuel sont arrachés du sol par l’hélicoptère affrété pour l’occasion. Destination la Chaux d’Einzon à 2300m d’altitude. La dizaine de spéléos présent (SCJ & GSP) s’affaire dans les moindres fissures pénétrables mais surtout et c’est l’objectif principal de la semaine poursuivre le gouffre Tsingy boom boom (CE20, terminus en 2007 à -70m).   Un courant d’air aspirant et expirant parfois fort sur des rythmes de 2 à 3 minutes nous interpelle et nous motive à persévérer. Malheureusement après toute une série de travaux d’agrandissement nous n’explorerons qu’un puits de 28m dans une branche fossile ainsi qu’un P31 dans l’actif. Nous capitulons à -115m, tout devient trop étroit et le courant d’air est néant. C’est notre sixième camp à la Chaux, autant dire que l’on y croyait à ce coin. Un gouffre de -232m et deux autres dépassants les 100m de profondeur sont au palmarès de ce lapiaz d’à peine 1km2. Une zone parcourue et reparcourue, nous n’avons plus d’objectifs. En milieu de semaine notre moral est au fond des bottes, il ne reste plus qu’à déséquiper Tsingy.     
  
Jeudi, belle journée ! Déséquiper un -115m, c’est pas une grosse affaire, on fera ça dans l’après midi. Le soleil nous pousse à la balade du côté du Mt à Cavouère. Pour rejoindre le camp l’occasion est trop belle, redescendre en parapente s’avère le meilleur moyen. 2 minutes de vol et le camp est déjà là (alt.2300m), descendons un peu plus bas… attéro en douceur vers 2000m. Puis la remontée pour rejoindre les copains, comme un spéléo (qui y croit encore) en zigzaguant d’une faille à l’autre. 100m sous le camp, une dépression herbeuse tire l’œil, un caillou est jeté. Ça descend 6 mètres à 35°. Nous ouvrons l’entrée avec Valé et Guillaume, après le conduit d’entrée ça commence à coincer et quelques blocs doivent être déplacés. Une désobe en short comme on les aime s’organise. Une étroiture nous bloque maintenant, au hasard un caillou est lancé…Notre sang se glace dans nos veines, derrière c’est le gros puits estimé entre 50 et 70m (autant dire que l’étroiture même sans explosif ne fera pas long ! Du matos est vite organisé, après 15 mètres de descente nous sombrons dans l’abîme, ça devient très gros!
Mètre après mètre nous nous sentons avaler par le gouffre. Valé me crie à plusieurs reprises, tu vois le fond ? Non, non mais enfin après 103 mètres vertigineux un oui de joie est poussé, ça sera le puits du Big Bang. Au fond un grand éboulis vient buter contre la paroi, c’est bouché.   
La chance semble toutefois ne pas nous quitter, une belle lucarne est visible à 20m au dessus de nous. Nous ressortons en début de soirée, ça ne pourrait pas aller mieux !Vendredi, nous voilà à notre dernier jour de camp, une descente topo et poursuite de l’explo s’impose. Mais notre gouffre Tsingy est toujours équipé, Toune et Guy proposent de s’en charger (Merci pour nous). Dans le P103, l’accès à la lucarne donne du fil à retordre à « Mat la ventouse ». Une fois rejointe, la suite en jette : beau méandre de 1 à 2m par 4 à 5 m de section. Nous stoppons après 300m de topo, vers -140m, une zone de trémie et l’heure tardive nous pousse à faire demi tour. Demain à 9h l’hélico vient récupérer notre matériel et il faut encore tout paqueter. La cavité (CE22) est baptisée gouffre des Lucioles, c’est la fin de notre camp annuel.    
  
Août-septembre 2008, la période est propice pour reprendre les explorations au gouffre des Polonais. Depuis -110 mètres (terminus 2007) nous pouvons continuer en aval par un court méandre. Ce dernier nous mène en haut d’un beau puits de 40m arrosé à souhait ! Au fond de cette verticale les conditions sont rendues difficiles par l’eau glaciale qui arrose toute la surface. Une continuation est visible par un méandre, l’entrée trop étroite devra être agrandie. Une semaine plus tard, nous revoici. Il n’a pas plu depuis notre dernière visite, c’est optimal. La suite entrevue une semaine auparavant semble impossible sans d’importants travaux. Nous la laissons de côté pour l’exploration d’un affluent. Après 10 mètres de progression, une belle petite galerie phréatique d’environ un mètre vingt de circonférence s’offre à nous. Tantôt remontante, tantôt descendante et tapissée d’excentriques. Eric part en tête, il vaut mieux avoir la souplesse d’un lézard pour ce genre de passage. Nous poursuivons sur plusieurs dizaines de mètres avant d’être arrêté par un massif stalagmitique local. De retour dans le P.40, nous chercherons vainement un passage supérieur pour poursuivre en aval, mais sans résultat probant.Le lendemain, encore chargé d’espoir nous remballons pour un tour. De passage vers – 70 mètres, sans trop y croire, une petite lucarne est atteinte. Après quelques mètres un nouveau méandre se dessine (section 1.5 x 5m), nous pénétrons dans le « réseau des Japonais ». Cent mètres plus loin et quelques contorsions (on est dans les alpes ne l’oublions pas…) la progression devient plus verticale avec un P6 et P22 de belle dimension. Le coin est magnifique mais la suite peu engageante… Le modèle light du spéléo est envoyé en tête, bien qu’étant sur motivé il devra se résigner rapidement. Ici, vers -120m ça devient trop étroit, nous rebroussons chemin.Ayant le matériel nécessaire, nous descendons à -160m faire quelques tirs aux micro charges.Deux variantes sont possibles, nous optons pour le passage au sec et où le courant d’air aspirant s’engouffre. Notre spéléo modèle light (Mat) est remis au front, le matériel ne tardera pas à manquer face à la taille de l’obstacle. Nous progresserons de 10 mètres…    
   
Octobre 2008, retour aux Lucioles (CE22). Atteindre la Chaux d’Einzon représente une montée de 1100m de dénivelé. A pied nous mettons en moyenne trois heures, ce qui représente toujours un copieux programme pour de court week endDe retour au fond du gouffre, notre première idée était de shunter la zone de trémie de -140m par une lucarne située dans le P32 (dernier puits). A mi-puits, une traversée « la vire-gule » est équipée et l’objectif atteint. Une dizaine de mètres sont parcourus avant de queuter devant notre fameuse trémie, ici aucune chance…La suite sera par le fond du puits (P32). Désobe et micro tir, le passage est ouvert mais très étroit. Julien (notre modèle spéléo ultra light) passe le premier deux étroitures et débouche dans un confortable méandre de 1,5 x 4m, on y recroit !Les passages sont maintenant agrandis, mais sélectifs, l’exploration reprend, la topo aussi. Plus loin, nouvel obstacle : Une chatière où un puissant courant d’air s’engouffre.Personne ne veut lâcher le morceau. Il faudra deux heures pour agrandir le passage. Un infâme boyau y succède et nous mène dans un siphon de boulliaque. Mat (toujours devant dans ce genre de situation) ouvre le passage en moins de deux pour lui (spéléo light), plus tard nous le rejoindrons…L’infâme boyau remonte et redevient vite plus confortable et plat. Comme s’il n’y en avait pas encore assez, une nouvelle trémie nous fait face. La désobe qui suit se fait en opposition dans la faille remontante. Une nouvelle fois le passage peut être ouvert. Nous débouchons cette fois-ci dans une vaste galerie de 3 x 7mètre. C’est l’euphorie ! La galerie se développe en amont et en aval. L’exploration est poursuivie en aval. Toutefois, nous n’irons pas bien loin. Nous n’avons plus de matériel pour équiper le ressaut qui se trouve désormais devant nous. Par ailleurs en désescalade ça ne le fait pas. Nous sommes fatigués et pour ressortir il y a pas mal de passages « select », nous ne prenons aucun risque. Nous estimons être vers -170m, un dimanche soir, cette galerie est baptisée la galerie des spéléos du dimanche. Nous refaisons surface vers 22h15 par un magnifique clair de lune sur la Vallée du Rhône, l’ambiance est sereine, un instant de vie magnifique!   
Dernier week end. Dix jours se sont écoulés, nous revoici sur le sentier en zigzague qui permet d’accéder à la Chaux d’Einzon. En ce vendredi soir, la lueur de nos lampes frontales guide nos pas en direction de notre gouffre des Lucioles. Vers 22h30, notre petite combe herbeuse est rejointe et nous plantons les tentes avant de déguster une succulente fondue Fribourgeoise aromatisée de quelques fioles. Samedi la descente jusqu’à -150m est rapide, c’est là que nous avons notre dernier point topo. Raph part devant avec deux kits, passe la chatière et se retrouve dans l’infâme boyau. Soudain il nous appelle, eh les gars il y a de la flotte !Normal on lui répond, mais le rejoignons pour voir. En effet là c’est du costeaud. 30 cm d’eau au moins (en fait nous avons du boucher les pertes dix jours auparavant). Volontaire attitré pour ce genre de situation, Mat, force le passage et va dégager la zone d’écoulement.Après une heure, le pari est gagné, mais notre creuseur trempé. Il décide de remonter profiter du soleil pour sécher la moindre. Malheureusement, mais selon toute attente, l’eau évacuée s’est déversée dans la voûte basse suivante bloquant toute progression (siphon). Ayant le matériel d’agrandissement nous attaquons un goulet supérieur au siphon (shunt) qui jonctionne un peu plus loin avec la galerie. De toute manière nous aurions été confronté à le faire, ça nous rendra l’accès beaucoup plus commode pour la suite de l’exploration. D’ailleurs autant faire quelque chose de concret en prévision de nos visites futures plutôt que de ressortir bredouille. Nous passerons la journée et une partie de la nuit dans « la voûte des gueux lassés » mais ne parviendrons pas à franchir l’obstacle (5m). 25 octobre 2008, trois spéléos, viennent de s’extraire du gouffre des Lucioles. Ce week end un verrou à -150m c’est refermé, nous privant d’une belle première.Nous regagnons maintenant tranquillement la civilisation et ses servitudes, laissant derrière nous tous nos rêves de découverte. Conscients qu’ici, une fois la première neige venue le temps s’arrêtera pour six mois. Comme nos marmottes, nous attendons avec impatience le printemps 2009. Ne se sont pas retrouvés dans le texte m’est étaient tous bien présent :Spéléo-club Jura, Groupe spéléo Porrentruy, Spéléo-club des Préalpes Fribourgeoises Beatscher Jean, Chopard Christian & Valérie, Favre Gérald, Frésard Julien, Frésard Matej & Sanglard Pauline, Guenot Pascal, Joye Denis, Jutzet Jean Marc, Lachat Raphael & Martine De-pover, Linder Damien, Pauli Denis, Roth Edouard (Toune) & Pierre, Voisard Guillaume et Guy, Weber Eric Quelques topos et vues 3D:   Fichiers PDF: CE20 - Polonais A4 (2007) |